E - Gérer son affectivité - Pistes pour aider les jeunes

Comment gérer émotions et pulsions; exercer sa volonté?

 

Les lignes qui suivent abordent des thèmes peu traités en éducation: comment gérer ses sentiments, ses émotions, ses pulsions. 

 

Chaque personne est mise en mouvement par des affects (état intérieur, nous fait réagir), des émotions (du verbe "mouvoir"), des pulsions (qui nous poussent à faire, ou au moins à désirer).

 

On apprend beaucoup à l'enfant à se servir de son intellect, à développer son corps par le sport, parfois sa sensibilité par l'art; et très rarement à gérer ses émotions. Le plus souvent, c'est en interdisant d'être en colère ou de pleurer. Mais refouler n'est pas gérer. Et bien souvent, ce qui est refoulé n'est pas vraiment maîtrisé, apprivoisé. Il est juste ignoré, étouffé.

 

Voici quelques pistes, très grossièrement tracées, pour mieux conduire sa vie. L'idée étant d'en devenir le maître, plutôt que de se laisser manipuler par ces mouvements de l'intérieur qu'on ne connaît généralement pas et qu'on ne sait alors comment gérer.

 

Chacun prendra ce qui lui parle le plus, et l'adaptera.

 

 

L'idée principale, centrale, c'est d'être connecté au réel.

En étant lié au réel, à ce qui existe vraiment, on peut agir de manière appropriée.

 

Et la réalité de ce qui nous occupe ici, c'est l'existence de ces mouvements intérieurs.

 

Plan: 

 

1. Comment parler de moi ou des autres.

2. A.B.C.: Accueil, But, Choix.

3. Respirer.

4. Agir et modifier l'équilibre du trio "émotions-pensées-actes". 

5. Etre ancré dans le réel.

6. Etre présent à ce qu'on fait.

7. Communiquer de manière Non Violente.

8. Utiliser (avec intelligence) la règle des trois filtres.

 

+ Quant à la gestion de la pulsion sexuelle.

+ Comment travailler sa volonté, l'exercer et la faire grandir.

 

 

1. Comment parler de moi ou des autres

 

Quand une émotion de colère me prend, je peux dire "je suis en colère", ou bien "je ressens de la colère".

En disant "je suis", je me réduis à ma colère.

Idem lorsqu'on dit facilement "tu es un menteur", "il est tricheur", etc.

Or, une personne ne se réduit jamais à ses actes, à ses émotions, etc.

 

Il convient donc de veiller à son langage. Et d'adapter nos paroles à la réalité: "je ressens de la colère", ou "il a menti". Même si le comportement est répétitif, et même s'il nous semble monstrueux.

 

 

2. A.B.C. = Accueil, But, Choix

 

- A: Commencer par accueillir l'existence de l'émotion. Si je ressens de la colère, de la joie, de la jalousie, une envie de tricher, une pulsion sexuelle, etc., cette sensation est réelle. Je ressens ceci ou cela. A quoi sert de le nier? Et ce n'est pas parce que je perçois telle chose que je me réduis à cette chose, ni que cette chose va prendre le dessus. Elle est là. Je consens à se présence, et je vais donc pouvoir travailler dessus.

 

- B: Une fois que je reconnais l'existence de l'émotion, de la pulsion, j'ai pris de la distance par rapport à elle. Je ne me laisse pas conduire par cette pulsion, et ma liberté grandit. 

Je peux alors plus facilement faire appel aux buts que je me suis fixés dans ma vie. Par exemple le respect des personnes, d'un engagement (la Loi Scoute, Promesse), la conformité à des valeurs (bien, beau, vrai, sacré), etc. Je vais ainsi mettre ces buts en regard des émotions ressenties.

 

- C: J'ai examiné d'un côté ce que je ressens, de l'autre les buts que je me suis fixés dans la vie. Je peux donc poser un choix, en ayant pris le temps d'y réfléchir. Je suis plus responsable de mon comportement, plus maître de ma vie.

 

 

Certains choix ne sont pas forcément faciles à faire, à tenir. 

Il est parfois nécessaire de demander de l'aide.

Il est souvent important d'avoir aussi réfléchi au "comment" qui vient colorer le "quoi" du choix posé.

 

Exemple:

Je me mets facilement en colère.

La colère est une émotion qui signale que je me sens en danger, que je perçois une menace sur mon territoire, etc.

Sans maîtrise, ma colère m'entraîne à des paroles ou des gestes que je regrette ensuite, qui peuvent aussi blesser autrui.

Or, pour ma vie, j'ai choisi d'être acteur de paix.

Donc, je vais exprimer ma colère autrement que par la violence.

Mais ça n'est pas facile.

Là intervient le "comment".

 

Chacun doit se construire ses stratégies. Ça n'est pas forcément facile seul.

Il existe des ouvrages pour cela, et aussi des conseils (adulte référent, chef, psychologue, etc.).

 

 

3. Respirer

 

Quand une émotion me remplit, j'ai tendance à réagir en fonction d'elle.

C'est le cerveau primitif qui prend la direction.

Pour donner la possibilité au cerveau "humain" d'intervenir, il faut lui donner de l'oxygène… en respirant profondément. Je me donne ainsi la possibilité de ne plus réagir, mais de penser à l'acte adapté que je vais poser (cf par exemple à A.B.C.).

 

 

4. Agir et modifier l'équilibre du trio "émotions-pensées-actes"

 

Chacun des trois agit sur les deux autres. 

Certaines pensées peuvent susciter des émotions (se rappeler tel événement peut provoquer de la joie, de la colère, un désir sexuel, etc.), et pousser à telle ou telle action.

Certains actes suscitent des émotions, des pensées.

 

Si je veux changer l'intensité ou même la présence d'une émotion, d'un désir, je peux choisir de me mettre à une activité différente, qui n'a rien à voir. En me concentrant sur ce que je fais, je change mes pensées et mes émotions.

 

 

5. Etre ancré dans le réel - Vivre "ici" et "maintenant"

 

Pour cela: centrer son attention sur les perceptions sensorielles (ce que le corps perçoit avec ses cinq sens).

 

Bien souvent, une pensée peut conduire à des rêveries, voire des fantasmes, qui n'ont plus rien à voir avec la réalité.

Exemple: en me rappelant le coup vache qu'on m'a fait, je vais délirer et imaginer des vengeances possibles. Ou en me rappelant une jolie fille nue, je vais imaginer ce que je pourrais faire avec elle. Etc.

 

Si je veux quitter facilement ces parasites de ma pensée, qui déclenchent des émotions que je ne souhaite pas laisser grandir en moi, je dois agir pour me débrancher de ce monde virtuel.

Les cinq sens sont un moyen très efficace et facile à mettre en oeuvre pour revenir à la réalité.

En focalisant mon attention sur ce que je ressens (le plus facile étant le toucher: ma respiration, le contact avec mon siège, l'air sur ma peau, etc.), je quitte les élucubrations de mon esprit et reviens à la réalité. 

 

 

6. Etre présent à ce qu'on fait

 

En étant attentif aux gestes que je pose (monter l'escalier, prendre un crayon, etc.), je garde le contact avec le réel et je m'habitue à habiter l'instant présent. 

En posant des actes conscients, donc choisis, je deviens de plus en plus le patron de mon bateau, le maître de la conduite de ma vie.

 

Etre à ce qu'on fait, c'est aussi éviter le zapping, éviter de faire plein de choses à la fois (aucune correctement, donc). Exemple de comportement fréquent: regarder la télé en faisant ses devoirs et en mangeant des biscuits, tout en consultant ses SMS et en y répondant au coup par coup. Ou bien encore: être à table en famille, tout en répondant à ses messages ou en jouant sur son téléphone.

Si on n'investit rien à fond, on reste toujours en surface, et on est sans cesse insatisfait.

Et on se construit une personnalité très superficielle.

 

 

7. Communiquer de manière Non Violente

 

La CNV est un outil, parmi d'autres. Cet outil peut être utile.

Pour faire court, se rappeler "OSBD".

 

- O: Observer les faits, de manière objective.

Se contenter de la réalité, sans extrapoler, ni interpréter ou deviner d'éventuelles intentions cachées, etc.

 

- S: Percevoir ce que je resSens face à ces faits. Emotions, sentiments, pulsion, etc.

 

- B: Chercher à quels Besoins profonds ces émotions correspondent. Exemple: la colère peut renvoyer à un besoin de sécurité, de protection. La gourmandise à un besoin d'être considéré, choyé. Le désir d'un câlin sexuel peut correspondre à un besoin de bien-être, de tendresse, de se sentir important. Etc.

Et je peux alors choisir de répondre à ce besoin tout à fait autrement que là où la pulsion le demande. On en revient à la question du "comment", en lien et cohérence avec le But.

Il faut connaître ce que sont les besoins, pour ne pas confondre les stratégies avec les besoins fondamentaux. Les stratégies sont les moyens que nous prenons pour satisfaire à nos besoins. Nous pouvons choisir des stratégies adéquates, ou inadaptées. 

L'idée est aussi de discerner ce qui est inadapté pour le remplacer par de l'adéquat. 

 

- D: Quelle Demande vais-je maintenant formuler? A moi-même, à autrui. 

 

Exemple de démarche: "quand je vois tel comportement, telle idée, je ressens de la colère, de l'humiliation. J'ai besoin que soit respecté mon désir de justice, et de respect de moi. Serais-tu d'accord pour arriver à tel but d'une autre manière?"

 

Évidemment, cette façon d'aborder les choses peut aussi me servir pour mieux comprendre le comportement d'autrui, ses réactions, et adapter mes attitudes. S'il réagit comme ceci, c'est qu'il a besoin de cela, et je peux en tenir compte: lui manifester que j'ai perçu un besoin chez lui, et lui proposer d'y répondre de telle manière (pas forcément celle qu'il réclamait, mais son besoin réel sera satisfait tout en respectant les miens).

 

 

8. Utiliser (avec intelligence) la règle des trois filtres

 

Le premier filtre est le filtre VÉRITÉ. Es-tu absolument certain que ce que tu vas me dire est vrai ?

Le second filtre est la BONTÉ. Ce que tu as à me dire est-il bon pour celui dont tu vas parler, bon pour nous?

Le troisième est l'UTILITÉ. Ce que tu veux me dire est-il utile pour moi, pour autrui ?

 

 

Je peux aussi appliquer ces filtres à ce que je lis; ce que je fais; ce que je pense de telle personne, telle situation; ce que je crois de telle parole, telle lecture; etc.

 

Si je réponds "non" aux trois questions… je sais ce qu'il me reste à faire 

 

* * *

 

Quant à la gestion de la pulsion sexuelle

 

La pulsion sexuelle est juste une pulsion, puissante certes, mais une pulsion. 

Elle n'est pas un besoin vital (comme on le lit parfois, même sous la plume d'éminents psychologues et chercheurs; sans doute par idéologie) ni un instinct: en effet, l'individu ne meurt pas s'il la maîtrise et la canalise. Il ne meurt pas, même s'il n'exprime pas du tout cette pulsion dans le registre où elle se manifeste. Elle peut donc être réorientée, et sublimée. 

 

(Un chat ne meurt pas après avoir été castré, ni un boeuf, etc. Et on le perçoit bien en période d'abstinence sexuelle: on ne tombe pas malade!)

 

Comment faire lorsqu'on veut ne pas céder à ces pulsions qui sont parfois très puissantes au début de l'adolescence?

 

Si l'on choisit de s'occuper autrement, il est bon d'avoir identifié à l'avance quelles activités sont possibles. Donc prendre le temps de faire la liste de "ce que je fais avec plaisir, sans effort, naturellement, sans y être poussé".

Selon les personnes, ça sera la lecture, le modélisme, jouer d'un instrument, faire du sport, du théâtre, dessiner, etc.

Cela dépendra aussi de l'heure, du lieu où l'on se trouve, etc.

 

Évidemment, ce qui me met en relation avec autrui est aussi une excellente piste: participer à une activité de groupe, un jeu familial, une promenade, un film en commun, en étant attentif aux autres, à ce qu'ils vivent. S'occuper d'un plus jeune, aider à l'entretien de la maison, réparer un objet cassé, etc.

 

S'engager dans des activités de service est aussi un bon moyen de se relier au réel, et de sortir de l'isolement. Trouver quelque chose en lien avec ce qu'on aime faire facilite la prise d'engagement.

 

* * *

 

Comment travailler sa volonté, l'exercer et la faire grandir?

 

Acquérir le sens de l'effort est indispensable pour devenir maître de sa vie, être capable d'agir par soi-même, ne pas dépendre de la contrainte. 

Le sens de l'effort est lié à la volonté. Plus un jeune est volontaire, plus il est libre. Car il peut vraiment choisir et agir en fonction de ses choix.

 

La volonté s'exerce comme un muscle: par de petits efforts réguliers. Elle grandit alors, et devient polyvalente: on peut s'en servir dans tous les domaines, même si on l'entraîne dans un seul. Il suffit de choisir des petits points sur lesquels faire un effort. Puis commencer par le plus facile, et en ajouter petit à petit, au long des semaines. En faisant tout cela de manière consciente, avec l'intention de progresser. 

 

 

C'est comme monter un escalier: pour parvenir en haut, il faut commencer par la première marche.

 

Par exemple: 

- faire quelques pompes le matin, le soir

- prendre une douche froide une fois par semaine

- compter jusqu'à trois ou cinq avant de lire un SMS qui vient d'arriver

- monter l'escalier une marche par une marche, quand on a l'habitude d'aller très vite

- enfiler une chaussette puis l'autre en commençant par le pied qu'on ne prend jamais en premier

- proposer de mettre le couvert ou de sortir la poubelle

- faire son lit le matin

- ranger son bureau une fois par semaine

- plier ses vêtements le soir au lieu de les laisser traîner par terre; etc. 

 

 

Chacun trouvera des petites choses, fera une liste, mettra les différents points dans l'ordre croissant d'effort à fournir, et vérifiera sa progression régulièrement. Pourquoi pas avec quelqu'un de confiance…

 

Etre créatif… voire farfelu, pourquoi pas? On peut progresser en s'amusant.

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